{"id":3938,"date":"2026-03-24T14:59:08","date_gmt":"2026-03-24T13:59:08","guid":{"rendered":"https:\/\/magazine.asi.info\/?p=3938"},"modified":"2026-03-24T14:59:08","modified_gmt":"2026-03-24T13:59:08","slug":"les-deux-sommets-de-la-sommellerie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/magazine.asi.info\/?p=3938&lang=fr","title":{"rendered":"les deux sommets de la sommellerie"},"content":{"rendered":"<p>Entretien avec Benjamin Hasko et Doug Frost, tous deux titulaires des titres de MS et MW.<\/p>\n<p>Dans le monde du vin, peu de titres suscitent autant de fascination que ceux de Master Sommelier et de Master of Wine. Ils sont souvent d\u00e9crits comme les deux sommets de la r\u00e9ussite professionnelle : l\u2019un ancr\u00e9 dans l\u2019hospitalit\u00e9, le service et la d\u00e9gustation appliqu\u00e9e sous pression ; l\u2019autre dans la rigueur acad\u00e9mique, l\u2019analyse \u00e9crite et une compr\u00e9hension strat\u00e9gique globale du commerce du vin. Tr\u00e8s peu de personnes ont r\u00e9ussi \u00e0 atteindre les deux.<\/p>\n<p>Doug Frost a obtenu le titre de Master Sommelier en 1991 et celui de Master of Wine en 1993. Benjamin Hasko est devenu la cinqui\u00e8me personne \u00e0 d\u00e9tenir ces deux titres lorsqu\u2019il a compl\u00e9t\u00e9 le programme Master of Wine en 2024, apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi l\u2019examen de Master Sommelier d\u00e8s sa premi\u00e8re tentative en 2016.<\/p>\n<p>Cette raret\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 impressionnante en soi. Mais l\u2019histoire la plus int\u00e9ressante ne r\u00e9side pas uniquement dans le fait que Frost et Hasko aient atteint ces sommets. Elle se trouve dans les raisons qui les ont pouss\u00e9s \u00e0 le faire, dans le co\u00fbt personnel de cette d\u00e9marche, et dans leur regard critique sur la place des titres dans le monde du vin.<\/p>\n<p>Pour Hasko, le parcours n\u2019a pas commenc\u00e9 par un plan de carri\u00e8re ambitieux, mais par la curiosit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 la sortie de l\u2019\u00e9cole, j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 le g\u00e9nie civil \u00e0 Sydney \u00bb, explique-t-il. \u00ab Pendant cette p\u00e9riode, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser au vin. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 acheter des vins bon march\u00e9 et \u00e0 lire autant que possible \u00e0 leur sujet. Et cela fait partie de ma nature de vouloir comprendre les choses aussi profond\u00e9ment que possible. \u00bb<\/p>\n<p>Cet instinct de compr\u00e9hension l\u2019a conduit \u00e0 travers le WSET, puis dans la restauration, et finalement vers les parcours du Court of Master Sommeliers et du Master of Wine, qu\u2019il a men\u00e9s en parall\u00e8le pendant un temps. Le parcours vers le Master Sommelier a \u00e9t\u00e9 rapide. Celui vers le Master of Wine s\u2019est \u00e9tendu sur une p\u00e9riode bien plus longue, notamment au moment du m\u00e9moire de recherche.<\/p>\n<p>Le point d\u2019entr\u00e9e de Doug Frost fut diff\u00e9rent, mais tout aussi organique. Il est tomb\u00e9 dans le monde du vin par le biais de l\u2019hospitalit\u00e9 \u00e0 Kansas City au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 et s\u2019est rapidement passionn\u00e9 pour sa culture, ses acteurs et ses possibilit\u00e9s. Le Master of Wine a d\u2019abord attir\u00e9 son attention en tant qu\u2019auteur ; le Master Sommelier est venu plus tard, presque par hasard.<\/p>\n<p>\u00ab Un ami m\u2019a dit : \u201cJe pars \u00e0 Chicago\u2026 pour passer l\u2019examen avanc\u00e9 du Master Sommelier\u201d \u00bb, se souvient Frost. \u00ab Et moi, j\u2019ai r\u00e9pondu : \u201cC\u2019est quoi \u00e7a ?\u201d \u00bb<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, il \u00e9tait lui-m\u00eame dans la salle.<\/p>\n<p>\u00ab Je me souviens encore d\u2019\u00eatre assis dans la salle pendant la premi\u00e8re heure \u00bb, raconte Frost. \u00ab Il y avait environ 30 personnes. J\u2019ai regard\u00e9 autour de moi et je me suis dit : ce sont les miens. Comment ai-je pu ne pas conna\u00eetre cela ? C\u2019est ma tribu. \u00bb<\/p>\n<p>Ce sentiment d\u2019appartenance est essentiel. Tous deux parlent des certifications non pas comme d\u2019un ornement, mais comme d\u2019un cadre qui donne forme \u00e0 une passion d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>Pour Hasko, la motivation n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 principalement financi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab Le retour pour moi \u00e9tait surtout li\u00e9 \u00e0 la progression et \u00e0 la compr\u00e9hension du secteur, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un gain financier direct \u00bb, explique-t-il. \u00ab Pour moi, c\u2019est davantage la curiosit\u00e9 intellectuelle qui motive ce parcours. \u00bb<\/p>\n<p>Frost est encore plus direct quant aux limites des titres.<\/p>\n<p>\u00ab Faites-le parce que cela a du sens pour vous \u00bb, dit-il. \u00ab Faites-le parce que c\u2019est une r\u00e9ussite personnelle qui compte pour vous. \u00bb<\/p>\n<p>Il met en garde contre l\u2019illusion selon laquelle un titre ouvrirait automatiquement les portes d\u2019une carri\u00e8re facile.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai toujours conseill\u00e9 aux gens\u2026 de le faire pour eux-m\u00eames \u00bb, poursuit Frost. \u00ab Parce que si vous le faites uniquement pour le titre\u2026 ce ne sera probablement pas ce que vous imaginez. Beaucoup pensent qu\u2019un poste confortable leur sera offert sur un plateau d\u2019argent, mais cela n\u2019arrive pas. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 la tension centrale de la formation moderne dans le monde du vin. Le secteur professionnel accorde aujourd\u2019hui plus d\u2019importance que jamais aux niveaux, aux parcours et aux titres. Pour les jeunes sommeliers et professionnels du vin, il peut y avoir un sentiment croissant que le WSET niveau 3 ne suffit plus, que le Diploma n\u2019est qu\u2019une \u00e9tape, et que l\u2019Advanced, le Dipl\u00f4me ASI ou le programme Master of Wine doivent rapidement suivre.<\/p>\n<p>Hasko et Frost prennent tous deux leurs distances face \u00e0 cette pression.<\/p>\n<p>\u00ab Je pense que la qu\u00eate de connaissance est globalement positive \u00bb, affirme Hasko. \u00ab Plus les gens en savent, mieux nous buvons et de mani\u00e8re plus diversifi\u00e9e. Mais la focalisation excessive sur les qualifications est plus nuanc\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Puis il pr\u00e9cise :<\/p>\n<p>\u00ab Si cela conduit les gens \u00e0 mettre leur vie entre parenth\u00e8ses dans la poursuite d\u2019une qualification sans b\u00e9n\u00e9fice clair, alors je ne suis pas certain que l\u2019industrie en tire un r\u00e9el avantage. \u00bb<\/p>\n<p>Frost partage cette vision. Les titres peuvent signaler discipline, s\u00e9rieux et niveau de connaissance, mais ils ne garantissent pas la pertinence professionnelle.<\/p>\n<p>\u00ab Quand je rencontre quelqu\u2019un qui est Master Sommelier\u2026 je fais certaines suppositions \u00bb, dit-il. \u00ab D\u2019abord, que c\u2019est une personne de la restauration\u2026 et qu\u2019elle comprend l\u2019hospitalit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du Master of Wine, le signal est diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>\u00ab Quand je rencontre quelqu\u2019un qui a obtenu le MW, je me dis : c\u2019est un excellent communicant. \u00bb<\/p>\n<p>Cette remarque est typiquement celle de Frost : pragmatique, sans fioritures et pr\u00e9cise. Il plaisante souvent en disant que le principal b\u00e9n\u00e9fice du MW est qu\u2019il \u00ab r\u00e9dige de meilleurs courriels \u00bb. Mais derri\u00e8re l\u2019humour se cache une r\u00e9alit\u00e9 : la certification d\u00e9veloppe des habitudes de pens\u00e9e \u2014 discipline, synth\u00e8se, communication et capacit\u00e9 de d\u00e9cision sous pression.<\/p>\n<p>Cependant, les deux hommes insistent : aucun titre ne remplace l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je peux vous apprendre o\u00f9 placer les couverts et comment servir \u00bb, dit Frost. \u00ab Mais je ne peux pas vous apprendre \u00e0 \u00eatre quelqu\u2019un de bien. Il faut recruter sur le c\u0153ur. \u00bb<\/p>\n<p>Hasko partage cette inqui\u00e9tude face \u00e0 une connaissance d\u00e9connect\u00e9e du plaisir.<\/p>\n<p>\u00ab Au final, je travaille avec le vin. Nous ne sauvons pas des vies\u2026 nous mangeons, buvons, explorons et visitons des lieux extraordinaires. Et c\u2019est cela, pour moi, le plus important. \u00bb<\/p>\n<p>Cette perspective s\u2019acquiert difficilement, notamment parce que ces parcours exigent \u00e9norm\u00e9ment. Le temps, les d\u00e9placements, les frais d\u2019examen et les sacrifices personnels ne repr\u00e9sentent qu\u2019une partie du co\u00fbt. Le prix le plus \u00e9lev\u00e9 est souvent relationnel.<\/p>\n<p>Doug Frost d\u00e9crit cette p\u00e9riode comme un moment o\u00f9 il avait de jeunes enfants, un emploi \u00e0 temps plein et \u00ab une \u00e9pouse exceptionnelle \u00bb. \u00ab J\u2019\u00e9tais probablement un peu fou pendant cinq ans \u00bb, admet-il.<\/p>\n<p>Hasko exprime la m\u00eame id\u00e9e diff\u00e9remment. Le soutien est essentiel, le moment n\u2019est jamais parfait.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne crois pas vraiment au moment parfait \u00bb, dit-il. \u00ab Il y aura toujours des contraintes et des demandes sur votre temps. \u00bb<\/p>\n<p>Et pourtant, aucun des deux ne semble regretter ce parcours. Ce qui ressort de leurs t\u00e9moignages n\u2019est pas du triomphalisme, mais de l\u2019humilit\u00e9. Atteindre le sommet ne marque pas la fin de l\u2019apprentissage.<\/p>\n<p>\u00ab Plus on en sait, plus on r\u00e9alise ce qu\u2019on ne sait pas \u00bb, souligne Hasko.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, il se tourne davantage vers des explorations approfondies de r\u00e9gions, de producteurs et de traditions sp\u00e9cifiques. Frost, malgr\u00e9 une carri\u00e8re enti\u00e8re dans le vin, continue de parler avec enthousiasme de d\u00e9couverte, de communication et des personnes qui donnent du sens \u00e0 ce m\u00e9tier.<\/p>\n<p>Alors, quelle est la v\u00e9ritable valeur des certifications ?<\/p>\n<p>Elles apportent une structure. Elles apportent de la cr\u00e9dibilit\u00e9. Elles peuvent ouvrir des portes et \u00e9largir les r\u00e9seaux. Elles affinent la d\u00e9gustation, l\u2019analyse, le service et la pens\u00e9e strat\u00e9gique. Utilis\u00e9es \u00e0 bon escient, elles renforcent la contribution des professionnels dans la restauration, la distribution, l\u2019\u00e9ducation ou le journalisme.<\/p>\n<p>Mais, selon Frost et Hasko, leur v\u00e9ritable valeur se situe ailleurs.<\/p>\n<p>Une certification n\u2019est pas une couronne. Elle ne garantit ni revenus, ni sagesse, ni pertinence. Elle est un cadre de progression, parfois un miroir. Elle r\u00e9v\u00e8le votre d\u00e9sir de ma\u00eetrise, votre capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer la pression, les sacrifices que vous \u00eates pr\u00eat \u00e0 faire, et surtout si, apr\u00e8s tout cela, vous aimez encore suffisamment le vin pour le partager avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 la v\u00e9ritable le\u00e7on de ces deux hommes ayant atteint les deux sommets.<\/p>\n<p>Les titres comptent. Mais ce qui compte davantage, c\u2019est ce qu\u2019il en reste une fois l\u2019ascension<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec Benjamin Hasko et Doug Frost, tous deux titulaires des titres de MS et MW. Dans le monde du vin, peu de titres suscitent autant de fascination que ceux de Master Sommelier et de Master of Wine. 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